Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux

Édition du lundi 13 décembre 2004

L'hébergement d'urgence en crise grave, selon un rapport

Le Haut comité pour le logement des personnes défavorisées met en garde contre la crise grave que traverse l'hébergement d'urgence en France, dans son rapport annuel remis la semaine dernière au président Chirac. C'est la première fois que le Haut comité, présidé par Xavier Emmanuelli, fondateur du Samu social, centre son rapport sur l'accueil d'urgence, critiquant, au-delà d'une prise en compte insuffisante des besoins, la complexité du dispositif et l'impasse dans laquelle il se trouve aujourd'hui. Témoin de la crise, le 115, numéro d'appel gratuit qui centralise les demandes d'hébergement d'urgence. Il traite chaque année 1,2 million d'appels émanant d'un nombre d'utilisateurs différents estimé entre 140 et 280.000. Plus des deux-tiers de ces appels concernent une demande d'hébergement. Or, près de la moitié des demandes faites au 115 ne sont pas satisfaites, faute de place disponible. "L'Etat a renforcé ses moyens et malgré cela, on n'y arrive pas", affirme Bernard Lacharme, secrétaire général du Haut comité, "il faut donc s'interroger sur la multiplication des places et sur leur nature". Une grande partie des nouvelles places ouvertes se limite à une simple mise à l'abri et 17.000 chambres d'hôtel sont mobilisées chaque jour, pour un coût d'environ 100 millions d'euros "sans aucune prise en charge sociale". Le rapport cite des cas de femmes battues qui appellent le 115 et à qui il est répondu de "tenir encore quelque temps", car on n'a rien à leur proposer. Le Haut comité remet en cause la notion d'accueil de courte durée, une nuit ou jusqu'à 3 ou 4 selon les lieux. Cela signifie, selon lui, qu'on admet qu'il y a des gens qui feront toujours appel au 115 et qu'on réserve l'accompagnement social à ceux qui sont en moindre difficulté. "L'urgence, qui résulte d'une situation de danger, doit s'appliquer depuis le premier accueil jusqu'à la sortie vers le logement durable", affirme le rapport qui assimile l'accueil d'urgence à l'urgence médicale : "on n'envisage pas de délivrer les premiers soins et de renvoyer les blessés graves chez eux". Aujourd'hui, les associations qui accueillent en urgence s'interrogent. Une structure, à Lille, a décidé de ne plus fixer un plafond de durée de séjour. Les SDF ne restent pas forcément très longtemps, mais cela leur apporte un sentiment de sécurité, rapporte Bernard Lacharme. "Cela demande des moyens, dit-il, mais sur le long terme, c'est peut-être plus économique que d'organiser une prise en charge quotidienne par le 115". Xavier Emmanuelli souligne lui aussi le manque de cohérence actuel du dispositif : "on a été obligé d'inventer le mot +urgence chronique+, et on parle de +solution temporaire+ qui dure des mois", dit-il. "On a l'impression qu'on a bricolé au cours des dernières années, poussés par les besoins et cela a conduit à créer une séparation entre urgence, insertion et logement temporaire, nous souhaitons revenir à une globalité du dispositif", précise Bernard Lacharme. Le dispositif doit aussi s'adapter à l'évolution du public. Le Haut comité relève en particulier avec inquiétude le nombre croissant des jeunes : les 18-24 ans représentent un quart des appels. Il rappelle aussi que la crise du logement social déstabilise tout le système d'hébergement des personnes en insertion, qui sont maintenues dans les CHRS (centre d'hébergement et de réinsertion sociale) jusqu'à deux ans au lieu des six mois habituels.c

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